ÉPISODE 2
DE LA FORCLAZ AU KIFF

Je suis en haut du col, c’est le moment de la bascule, je passe de la montée à la descente. Je repense à cette petite phrase de Camille qui, en parlant vélo, expliquait que le truc extraordinaire avec le cerveau c’est que dès que t’attaques la descente, t’oublies d’un coup combien t’en as chié dans la montée.

 

– Marine et moi, pressés d’arriver à la bascule et de tout oublier –

Je n’attends donc que de prendre mon pied. Marine et moi quittons le col de la Forclaz, je freine dans les premières épingles, craignant revivre une descente compliquée. Mais peu à peu je me rends compte que ça s’annonce moins technique, je lâche les freins, je prends confiance et j’apprécie enfin mon voyage.

La vitesse me grise, je regarde la route pour être sûr de ne pas louper le détail qui fait mal, et je lève de temps en temps les yeux pour regarder la cimes des montagnes.
C’est pour ça que j’ai accepté de trimballer mon vélo dans un train couchette et deux bus jusqu’ici : pédaler et courir, dans ce panorama magique.

– Marc prend la pose alors pendant qu’il essaye de ranger deux vélo dans un local de deux mètres carrés du TER couchette –

– La frontière franco-suisse, c’est donc ma première course internationale –
– encore une fois, heureusement que Marc a pris la photo –

Arrivé en bas de cette belle descente, je passe la frontière franco-suisse. Je me réjouis qu’un douanier ne m’ait pas arrêté pour un contrôle. On nous avait spécifiquement demandé de prendre une pièce d’identité pour parer à cette éventualité ! Ceci dit la situation aurait été assez comique… mais je me serais moyennement marré.

Une fois la frontière passée, je recommence à monter. J’ai un vague souvenir du profil de la côte qui nous a été présenté lors du brief et du commentaire de Marc : au début ça monte, à la fin ça monte, entre les deux c’est du faux plat. Mais j’ai surtout retenu que la montée sera moins longue que la précédente, et aussi que c’est la dernière !

– Le col des Montets ! seulement 331m de dénivelé sur 6km, finger in the noes –

Allez, je repasse sur le petit plateau, j’attaque et dès que je commence à sentir du faux plat, je passe sur mon plateau intermédiaire.
Ah je vous ai pas dit ? Marine a trois plateaux, un très très gros avantages vu les coureurs que j’ai rattrapé dans les montées.
On est vraiment loin de la difficulté du col de la Forclaz, je me sens bien sur le vélo.

Mais avant d’arriver au sommet, je dois m’arrêter, ça fait trop longtemps que ça dure…
C’est l’heure de la pause pipi.

– Le pipi en trifonction, c’est presque ça –

J’en profite aussi pour me sortir un truc à manger de la trifonction et je me remets en selle.

J’arrive rapidement au sommet et descends vers Chamonix. A ce moment, je sais que je n’ai plus grand chose à faire jusqu’à la course à pied.

J’enlève rapidement mes affaires de vélo et je m’équipe pour la course à pied.
J’enfile le camel-bag dans lequel j’ai mis les nombreux équipements obligatoires : un legging, un coupe-vent, une couverture de survie, un sifflet, une lampe. Mais qu’est-ce que je vais faire avec tout ça ? Ai-je souvent pensé en préparant ce triathlon. Bah tu vas les transporter ma gueule.

J’y ajoute dans la bouteille de Powerade que j’ai transporté pendant toute la partie vélo sans la boire.
Je mets mes chaussures, j’enlève mes gants de vélo, sans savoir à ce moment que c’est une belle erreur, je prends mes batons et je me mets à courir.

– chargée comme une mule –

C’est parti pour la deuxième très grosse difficulté de l’Evergreen, après le col de la Forclaz en vélo, il faut grimper jusqu’au plan de l’Aiguille du Midi à pied, 13,9km, 1300m de dénivelé. Une montée, puis une descente.

Le seul trail que je n’ai jamais fait c’est l’écotrail de Paris, 30km, 700m de dénivelé (je crois). En plus avec ma prépa marathon, je n’ai pas pu prendre le temps de me  préparer  au dénivelé, j’appréhende donc beaucoup la partie course à pied.
Pour ne pas trop me fatiguer avant Berlin, je me suis fixé de ne pas courir en montée. Pour la descente, je verrais bien mon état une fois en haut.

400 mètres après avoir commencer à courir, je me mets à marcher, l’ascension commence.
Je fais attention à bien pousser sur les batons. C’est au bout de 2km que je comprendrais que j’aurais dû garder les gants.

 

Je fais pas mal d’efforts pour garder un certain rythme de marche.
D’abord il faut dire que je me fais chier, je ne veux pas m’éterniser dans la montée !
Ensuite il y a un autre coureur derrière moi, il ne passera pas. Je remarque que j’ai vraiment un bon rythme lorsque je commence à me rapprocher des coureurs qui étaient devant moi.
Automatiquement je commence à réfléchir comme si j’étais sur route et j’essaie de passer tous les coureurs que j’aperçois au-dessus, toujours sans courir bien sûr, du coup j’appuie plus ma marche, je pousse plus fort sur les bâtons et c’est parti.

– Quand je me mets en tête de rattraper le gars devant – 

Le cardio est bon, j’ai foutrement mal aux jambes et le temps est long. Avec un panneau tous les 2km seulement et sans montre, je m’agace un peu de ne pas trop savoir où j’en suis.

Je finis par arriver en haut, après 500 derniers mètres de montée interminable. Je suis au ravito, je profite un peu de la vue, je fais quelques photos, et je mange.

Une poignée de raisin sec, un tuc, oooh du brownie, un verre de coca, de l’eau, des abricots secs. Je crois que j’ai trop mangé, ça va peser lourd dans le ventre pour la descente, alors j’arrête le moment ravito et je me remets en route.

– On a une belle vue sur le plan de l’aiguille –

Je me sens bien, alors je décide que je vais courir un peu. J’en ai marre de crapahuter dans la montagne.
Allez, merci et salut les bénévoles, je lance ma foulée, j’ai de bonnes sensations et finalement je n’ai pas trop mal aux jambes.

– Courir, enfin ! –

Pour descendre, il y a pas mal de virages serrés. Ma priorité : ne pas me blesser. Je passe donc tous les virages en marchant, et à chaque fois que je me rends compte que je m’emballe un peu sur la vitesse je me freine.

Je me fais quelques frayeurs sur le sentier étroit, je mets parfois le pied un peu trop à côté. Je me demande encore comment j’ai pu conserver mes deux chevilles.

Finalement bonne descente, je finis par passer un mec qui nous avait annoncé la veille, avant le brief, qu’il visait le top 10 de la course, ça boost l’ego.

Ce qui boost moins l’ego c’est la crampe à la cuisse.
Sentiment affreux, je vois le presque le plat en contrebas de la montagne, je sais que je suis pas loin, mais je dois m’arrêter. Putain, ça fait des années que j’ai pas eu de crampe.
Je me mouille un peu la cuisse, je bois de l’eau, j’essaie de m’étirer, je tente de recourir, toujours crampé. Deux coureurs me passent alors que je souffre en essayant vainement de courir. J’ai l’air beau.
Je continue de boire et de m’arroser. Belle idée de n’avoir pensé à boire qu’en montée, maintenant je paye. Ça ne dure pas longtemps, la crampe finit par s’estomper, je me relance.

Je passe un bénévole, je ne suis plus très loin de l’arrivée, il me lance:
– “bah alors, fatigué ?”
– “plutôt ouai !”
– “y en a qui ont fait le 228 hier !” (le format iron man)
– “quel enfoiré !”

Je passe la ligne peu de temps après. On m’enlève la puce, on me mets une médaille en bois autour du cou, je suis satisfait de ma course. Direction le ravito en attendant Marc !

Je prends mon téléphone, j’envoie des messages pour dire que je suis bien arrivé, on me demande où est Marc.

Justement, il m’écrit pour me dire qu’il est en haut, sur le plan de l’Aiguille du Midi, le mec est synchro.
Je mange en l’attendant, je vais chercher mes affaires et grâce à un timing parfait je suis là pile quand il arrive !

– Allez, bisou ! –

Conclusion : une très belle course pour un bilan très positif, j’avais énormément d’appréhensions avant d’attaquer ce triathlon, et elles n’ont fait que se renforcer au fur et à mesure que l’échéance approchait, l’apogée ayant été atteinte lors d’un brief mythique où on nous a seulement parler des dangers du parcours et bien préciser qu’on allait en baver.

Finalement, après une épreuve de natation catastrophique à Chantilly, j’ai pris ma revanche et j’ai plutôt bien vécu le dénivelé en vélo et en course à pied, c’est même dans les montées que j’ai gagné du temps. 

– La médaille en bois – 

L’Evergreen Endurance 58 restera donc une super expérience sportive pour moi mais aussi panoramique, vu les paysages ! Inscrivez-vous l’année prochaine !!!