EPISODE 1
DU PARKING À LA FORCLAZ

Dimanche 11 septembre, 6 heures du matin.

Nous avons rendez-vous avec Marc sur un parking tôt le matin dans l’obscurité. Pour nous accueillir, la lueur bleue d’une caisse automatique. Je lève la tête au ciel, on voit les étoiles, une belle journée s’annonce.

– Même si Marc baille déjà – 

Des triathlètes sont déjà là, d’autres continuent à arriver, quand il est enfin 6h15, nous commençons à monter dans les navettes qui nous emmèneront en Suisse sur les bords du Lac de Champex, dont le « x » ne se prononce pas, paraît-il.

– C’est là qu’on va ! –

Je dors un peu sur le trajet, lorsque je me réveille je me laisse émerveiller par les paysages montagneux des Alpes mais aussi apeurer par le dénivelé des pentes que l’on devra affronter en vélo. Mon stress d’avant course est au plus haut, tandis que Marc joue les guides en pointant du doigt la route au loin.

On arrive sur les bords du Lac, on descend du bus et on regarde le paysage autour de nous, je m’approche de l’eau soulagé de voir qu’elle est claire et propre, pas comme la gadoue vaseuse de Chantilly, alors que Bruno, un mec de l’orga, nous dit de quel coté des bouées il faut passer et nous rappelle 2-3 trucs sur le parcours vélo.

On nous donne enfin accès au parc à vélos pour qu’on puisse préparer notre T1. Je retrouve mon vélo, Marine, je contrôle d’un claquement de doigt la pression des pneus qui me convient. Chacun arrange son ravito, ses chaussures, son casque, etc. pour organiser son petit rituel de transition, puis on enfile nos combinaisons de natation, l’eau est annoncée à 13,6°C, ça ne sera pas de trop.

– Marine est prête –

Petit échauffement, on nous appelle très vite pour nous dire de rentrer dans l’eau avant le départ. Ceux qui entrent en premier gueulent sur les derniers pour qu’ils se dépêchent.

La cloche du départ va retentir, la pression de la course est au maximum, au moment de rentrer dans l’eau je suis surpris de me rendre compte que l’eau s’infiltre dans la combinaison, par les jambes d’abord, puis par les bras et enfin par la fermeture dans le dos, c’est la première fois que je nage en combinaison et je pensais naïvement qu’on y restait au sec, je me demande alors si c’est normal, le dernier stress avant le départ.

La cloche sonne, je ne me pose plus de question, je jette un dernier coup d’oeil sur Marc qui part en brasse et je mets la tête dans l’eau et le stress d’avant course s’évanouit. On a deux tours de 750m à faire, je lève la tête de temps en temps pour vérifier que je me dirige bien vers la prochaine bouée.

– La combi, 20% glamour, 50% moulant, 25% perméable, 5% de peau à l’air –
– 100% au chaud – 

Le plus dur, c’est la température évidemment, même si le lac est entièrement ensoleillé, j’ai franchement froid au visage, ce n’est pas très agréable, je pense à battre des jambes plus souvent que d’habitude pour que mes pieds ne se refroidissent pas trop.
Sur le 2e tour, je me dis que j’avancerai plus vite en resserrant les doigts, impossible. Je suis  pressé de sortir, je passe l’avant dernière bouée, « allez, plus qu’une et c’est terminé ».

J’approche des marches, des bénévoles me tendent les bras, je sors de l’eau, j’enlève rapidement mes bonnets, j’en avais mis deux pour résister au froid, et mes lunettes.

Tout d’un coup j’ai la tête qui tourne, je me dirige vers Marine, j’essaie de m’essuyer, de m’équiper rapidement tout en mangeant une banane, mais j’ai du mal à ne pas tomber. Tout fini par se remettre en place, je prends le vélo et je suis parti.

– Moi à la sortie de l’eau –

Je pédale un petit peu, je me souviens du profil : grosse descente, grosse montée, descente, montée et enfin descente.

J’appréhende énormément d’attaquer la première descente. On nous l’a rabâché pendant le brief de la veille, cette descente est très dangereuse, très technique, très rapide, il y a des virages très serrés.
L’organisation a même prévu de limiter la vitesse à 20km/h dans les zones les plus dangereuses. Déjà que je ne suis pas un bon descendeur, ce brief a fini m’a autant refroidi que la descente en trifonction sans manche, du coup je grelotte un peu sur les 10km du début.

Premier virage, la couleur est annoncée, je vais bien garder mes mains sur les freins et ne pas les lâcher. Plusieurs concurrents me doublent, je ne suis pas venu pour me classer donc je n’y pense pas et je laisse la vitesse à ceux qui peuvent l’assumer. Les 10km de descente sont assez longs et peu agréables, j’ai presque hâte d’attaquer la première montée.

Je regarde ma montre pour voir ma vitesse et le temps, elle n’est pas à mon poignet.

Je l’ai laissée sur le chargeur vendredi soir, en retard et trop pressé pour penser à la prendre, elle ne sera pas du voyage, elle est home alone, c’était sans importance vu que je ne venais pas pour faire un temps.

– Ma montre, allégorie –

Je passe rapidement sur le plus petit plateau et je mouline. Après tout le stress de la descente, je commence à me dire que je suis un peu juste sur la montée mais je serre les dents.

Le temps passe et je finis par trouver que j’ai finalement d’assez bonnes sensations, je dépasse quelques concurrents, ça m’aide beaucoup mentalement, surtout quand je commence à trouver le temps long, et sans montre, sans borne kilométrique, je ne sais pas du tout où j’en suis.

Elle finit par arriver, forcément. 10km de montée avec plus de 1000 m de dénivelé, c’est le col de la Forclaz, « un col hors catégorie » m’avait glissé Marc pendant le brief.

 

Après avoir passé 10km sans un coup de pédale, c’est maintenant qu’il faut commencer à faire des efforts.

 

Je regarde de temps en temps le paysage autour de moi, mais je regarde souvent mes pieds, je ne veux pas trop regarder vers le haut pour ne pas trop me décourager.

Je passe un arbitre, je lui demande combien il me reste à faire. Il me lance « 2km jusqu’en haut du col ». Ca relance la machine, je pensais être plus loin que ça.

Arrivé en haut, c’est la délivrance, associée au paysage qui se dévoile, je me sens presque planer.

– Enfin arrivé en haut, c’est beau ! Heureusement que Marc a pensé à prendre une photo, lui –

Je passe le point ravito, j’ai tout ce qu’il me faut. J’hésite à m’arrêter pour faire une photo, mais je préfère continuer sur la lancée. C’est reparti pour de la descente.

Je sais que j’ai passé la plus grosse difficulté du parcours vélo donc je suis déjà content d’être arrivé là. Une nouvelle descente s’ouvre devant moi, avec quelques virages en épingle, je ne suis pas très rassuré à nouveau.

TO BE CONTINUED … L’Épisode 2 est là !