Il était une fois, Moi.

Fort d’une belle expérience sur l’Evergreen Endurance 58 en 2016, dont vous pourrez retrouver le compte rendu en deux parties, ici et , j’avais décidé que ma saison triathlon cette année se terminerait sur l’Evergreen Endurance 118.

Au programme :

C’est donc en toute décontraction que je me suis préparé à affronter cette belle épreuve deux semaines après le 70.3 de Vichy.

Comment ? J’ai profité de ma lancée triathlon pour la natation. J’ai cherché à faire plus de dénivelés que d’habitude sur deux sorties précédant Vichy et à profiter de mon gros volume de vélo. Pour la course à pied, qui consiste en un trail, je n’ai rien fait de spécial, si ce n’est une sortie sur le parcours des 25 bosses à Fontainebleau.

C’est là dessus que je me suis reposé pour me dire que j’avais les moyens de terminer le tout en 8h30 – 9h : 40 minutes de natation,  4h30 de vélo, 3h30 de course et 10 minutes pour les transitions. Même si mon objectif est d’aller jusqu’au bout, j’ai du mal à me départir de cette volonté de ne pas trop traîner en chemin.

Nous sommes donc partis jeudi pour Chamonix avec mon IronFan, Marie. Un petit dodo et c’est le jour du retrait du dossard, du dépôt du vélo et du sac T2 et surtout du brief des athlètes.

– pour l’instant je souris –

On nous parle des parcours mais surtout de la météo qui ne sera pas clémente. On attend de la pluie et du froid. D’ailleurs, les gants et bonnet sont ajoutés à la liste des équipements obligatoires pour la partie course à pied, déjà composée d’une veste imperméable à capuche, un pantalon ou legging, une frontale, une couverture de survie, un sifflet, un téléphone et une réserve d’eau.

A ce moment là, rien ne change dans mon esprit. Je vais acheter quelques vêtements pour être mieux équipé : Une veste imperméable et des gants pour le vélo, une veste à capuche imperméable pour la course à pied (celle que j’avais embarqué avait pour avantage d’être compacte mais pas forcément adaptée) ainsi qu’une deuxième paire de gants pour la partie trail et un bonnet. J’achète aussi une paire de chaussette pour en avoir sur le vélo (d’habitude je pédale pieds nus) et pouvoir les changer lors de la T2.

Le stress d’avant course continue de monter mais pour l’instant rien ne me laisse présager de ce qui m’attend vraiment.

Samedi matin ! Le Jour J

Levé 4h du matin. On est prêts en 10 minutes avec Marie.

On a rendez-vous à 4h30 sur le parking près de l’arrivée pour embarquer dans des bus qui nous emmènent au Lac de Montriond où se fera la partie natation et d’où on partira en vélo pour rejoindre Chamonix.

Une fois sur place, je vais voir mon vélo et me prépare comme d’habitude. Je pense de plus en plus à la météo ce qui stresse singulièrement. J’ai répété à Marie que j’espère qu’il ne pleuvra pas avant la première descente en vélo qui est la plus technique.

Juste avant le départ à la natation, j’ai ce pressentiment que ça ne se passera pas tout à fait comme je me le suis imaginé. Mon ultime montée de stress avant le départ.

La natation, bien gérée
Le speaker annonce l’eau à 16°C. Je ne sais pas où est-ce qu’il a mis le thermomètre pour trouver une telle température, mais quand j’ai mis la tête dans le lac, j’ai eu la nette envie d’exprimer mon désaccord. L’eau est froide.

Je me suis plutôt très mal échauffé. Je suis tout de suite saisi par le froid.  Je commence à sentir ma poitrine se comprimer peu à peu. Au bout de 150m, je stoppe mon crawl, je ne veux pas continuer si c’est pour paniquer. Je nage comme un petit chien pendant quelques dizaines de secondes le temps de me calmer et de laisser le temps à ma chaleur corporelle induite par mon crawl de monter un peu.

C’était la bonne stratégie. Je repars sans souci et sans avoir trop perdu de temps.

L’eau est assez claire, on doit bien voir à 5 mètres. Je lève la tête de temps en temps pour vérifier que je ne suis pas complètement à l’ouest.

Je sors de l’eau en 38’15 à la montre (pas de temps officiel dans mes résultats). C’est mon niveau, c’est donc satisfait que je me dirige vers la transition.

 – sauras-tu me retrouver ? –

– sur une plage abandonnée … –

J’enlève ma combi, mon bonnet et mes lunettes. Je passe le coupe-vent acheté la veille par dessus ma tri fonction. J’enfile mes chaussettes et mes chaussures de vélo. Je mets mon porte-dossard, mes lunettes de vélo et mon casque. J’essaie de mettre mes gants. Avec les mains mouillées ça ne passe pas. Après plusieurs tentatives je n’y arrive pas. Je file vers le vélo en glissant les gants dans la poche arrière de ma veste.

C’est parti pour le vélo.

Le vélo, à la limite

– le profil –

Le parcours commence par quelques kilomètres franchement en descente. Je suis à 40km/h sans trop forcer et je suis gêné par le froid. J’ai les jambes froides et je comprends que non je ne serai pas échauffé avant la première difficulté : le col de la Joux-Plane. 10km à 6,5% de moyenne avec des portions à plus de 10%.

Je me suis vanté plusieurs fois que grâce à mes trois plateaux, monter devrait être un de mes points forts, notamment comparé aux autres triathlètes, j’ai vite été remis en place.

Je galère comme jamais dans cette ascension interminable. Je n’ai pas de jambes. Ca tombe mal, ce n’est que le début. Je me mets dans ma bulle. Un coup de pédale après l’autre j’avance.

Mes mains ont séché, j’en profite pour mettre mes gants, je me dis qu’avec le froid dans la descente j’en aurai besoin.

Au bout d’1h de vélo j’arrive enfin en haut. Au début de la descente, je croise un troupeau de vaches qui oblige un petit slalom.

 

Pour l’instant il ne pleut toujours pas, donc je suis assez serein avant d’entamer les 15km de pente et de virages en épingle.
Je ne pédale pas et je maîtrise bien ma vitesse. Je ne suis pas un très bon descendeur donc je ne prends pas de risque. Il pleuviote à mi-chemin. Je prie pour que l’averse n’arrive pas maintenant. Stratégie gagnante là encore.

J’arrive en bas. 30km de vélo. plus que 2/3 me dis-je.

J’ai le droit à un peu de plat, je peux enfin faire tourner mes jambes correctement. C’est donc au bout de 35km que j’ai enfin la sensation d’avoir les jambes chaudes.

Je suis donc mieux disposé pour attaquer la montée du Plateau des Carroz d’Arraches. Sous une pluie battante. La descente derrière est du coup un peu plus crispante. Quelques virages en épingles. Je veille toujours à freiner uniquement quand mon vélo est bien droit pour ne pas glisser. Je me concentre bien. Cette nouvelle descente me refroidit les jambes. Je profite donc du plat pour un nouvel échauffement.

Une pause pipi, j’enlève mes gants. Je ne peux pas les remettre parce que j’ai les mains moites. Je les range donc à nouveau dans ma poche arrière. C’est en fait un petit coup de pouce du destin, mais je ne le comprendrais que plus tard.

La partie vélo termine avec une difficulté que j’avais sous-estimée sur le papier, la côte de Vaudagne. Une montée très longue, avec un peu de descente au milieu qui peut laisser penser que c’est terminé, mais en fait ça remonte encore plus dur derrière. J’en ai marre de pédaler. J’attends que la montée se termine et elle est interminable. Je me sens exténué. Au point que j’envisage d’arrêter une fois descendu du vélo.

J’arrive tant bien que mal à Chamonix pour la T2. 4h29 de vélo au final, c’était le temps auquel j’avais pensé, mais je ne pensais pas y laisser tant d’énergie.

 – moi, après le vélo –

J’oublie mon envie d’abandon et je me lance machinalement dans ma transition.

Elle est longue.

Je me rends compte dans la tente pour se changer que j’ai ramassé le mauvais sac de transition. J’ai le dossard 393, j’ai pris le sac 395. Je repars en arrière chercher mon sac.

Une fois revenu dans la tente, je m’assieds et commence à ouvrir mon sac. J’entends l’arbitre parler avec un autre triathlète des équipements obligatoires. Mince, j’ai oublié mon téléphone dans la sacoche de mon vélo. Je repars donc le chercher.

Je peux enfin m’équiper. Je change de chaussettes, quel bonheur de mettre des chaussettes sèches !, j’enfile mes chaussures, je mets mes gants de course, j’attrape mes bâtons. Avant de partir il faut montrer à l’arbitre que j’ai bien l’ensemble des équipements obligatoires. C’est un peu comme quand tu ouvres ton sac devant le vigile du centre commercial sauf que cette fois ci, il regarde vraiment.

– « Frontale OK, couverture de survie OK, veste imperméable OK »
– « J’ai le legging aussi, il est en dessous, »
– « et le bonnet ? »
– «  en dessous aussi. »
– « Je vois le téléphone portable. C’est bon, vous pouvez y aller. Ah non, le dossard ! »

Je l’ai encore dans le dos, je le passe devant et je pars.

La partie trail : le décrochage

– le profil – 

J’aperçois Marie qui m’encourage. Je lui fais comprendre avec une expression faciale bien marqué que globalement, je ne suis pas au top de ma forme.

 – sans commentaire –

Je commence à courir et je me refais le schéma de la course.

7km de montée. C’est la même montée que l’an dernier, sur le 58. Il m’avait fallu 1h30 pour en arriver à bout. Je me dis que je peux faire la même chose.

Ensuite il faudra enchainer avec 7km de « plat » puis 7km de descente. Je crois qu’en 2h, je peux boucler ça. Soit 3h30 au total. J’étais bien loin du compte.

 

J’arrive dans la montée. Je suis défait du vélo. J’ai pas les jambes. Je n’arrive pas à mettre de rythme. Je sens que ça va être long.

La pluie est toujours là pour m’accompagner sur ce triathlon. Parfois je m’arrête pour m’étirer un peu le dos qui est douloureux depuis la partie vélo. Parfois je m’arrête simplement pour contempler mon état de fatigue.

Il y a 1400m de dénivelé sur la partie course à pied et globalement ces 1400m sont répartis quasiment uniquement sur la première montée de 7km. Donc ça monte, et haut.

– là, je ne souris plus –

Au fur et à mesure que je me monte, je vois Chamonix disparaître sous un épais nuage blanc. Surtout, j’ai de plus en plus froid. Je ne pense qu’à la partie censée être plus plate où je pourrai courir un peu pour me réchauffer.

Au bout de quelques kilomètres, la forêt s’éteint, et je suis à la merci du vent de la pluie. Il fait beaucoup plus froid. Je m’arrête pour enfiler ma veste imperméable, que je mets par dessus ma trifonction et le coupe-vent que j’avais sur le vélo et que j’ai gardé.

Et c’est reparti.

Le temps se rafraîchit de plus en plus, les gouttes de pluie se durcissent jusqu’à ce que ça soit clairement de la grêle.

Le vent redouble. Je prends cher. Je baisse la tête et je continue d’avancer. Je me dis qu’une fois arrivé en haut au ravito, je demanderai le rapatriement parce ce n’est plus possible.

Arrivé en haut, je suis frigorifié. Il m’a fallu plus de deux heures pour arriver là.

La tente de ravitaillement est situé juste à côté d’une station de téléphérique. Je prends un thé et je mange. Je demande si on peut s’abriter un peu dans la station. On me dit qu’on peut même descendre au sous-sol dans les toilettes, c’est chauffé.

 

Je prends un deuxième verre de thé et j’y vais. Je rentre dans les fameuses toilettes, je tombe sur 4 athlètes frigorifiés qui ont pris d’assaut le radiateurs et le sèche-main pour se réchauffer.

Un mec de l’orga passe régulièrement pour prendre la température de chacun avec un thermomètre. En dessous de 36°C, il ne laisse pas repartir l’athlète.

 

J’ai les mains gelées. J’enlève mes gants, je les essore, je les mets sur le radiateurs. Je tremble comme une feuille.

Une fois un peu réchauffé, je commence à me faire à l’idée de continuer. Je fais l’inventaire de ce que j’ai pour me couvrir.

J’ai encore mon legging dans mon sac. Si j’étais parti de chez moi avec un veste un peu nulle, j’avais pris mon legging le plus chaud, un bon climaheat des familles. Je ne sais quelle intuition a sauvé ma course.

Je le sors, il est trempé. “Merde”. Je le mets sur le radiateur aussi.

Le mec de l’orga descend, il prend ma température, je suis à 36,8°C. Je suis apte au service.

Une fois mon legging réchauffé, je le mets par dessus ma trifonction. Il n’est pas sec, mais il est suffisant pour arrêter de me faire trembler. Je mets aussi mon bonnet sous ma capuche. Je remets mes gants trempés. Je me souviens que j’ai encore mes gants du vélo dans la poche arrière de mon coupe-vent. C’est mon petit miracle. Mes gants de course à pied sont très fins, je peux donc mettre mes gros gants de vélos par dessus.

Je repars. En redescendant je me demande si je fais bien de continuer. 200m plus loin, je me prends les pieds dans le tapis et je me vautre de tout mon long. Je reste là, 5 secondes sur le ventre, je me demande si ce n’est pas le signe qu’il faut arrêter. Je me relève. Je regarde mon torse et mes jambes. Je n’ai rien.

La chute m’a particulièrement réchauffé les cuisses et les genoux. C’est cette vive sensation de chaleur qui me fait repartir. Je me dis de rester concentré pour ne pas retomber, je lèverai plus les pieds.

Je peux courir un peu, ça me redonne le moral et surtout ça me réchauffe.
Entre le moment où je suis rentré dans la station et celui où j’en suis ressorti, le paysage s’est blanchi. Il y a de la neige partout.

La dernière fois que j’ai couru sous la neige c’était en 2012 je crois. C’était loin de la montagne et à Paris.

Après 45-60 bonnes minutes à crapahuter dans montagne enneigée. J’ai envie de pisser. Pas genre un peu, genre chaque foulée me fait mal à la vessie.

Je me vois en train de dézipper mes deux vestes, ma trifonction, devoir baisser mon legging et me refroidir tout ça pour pouvoir pisser. Je pense à une autre alternative.

MOMENT GLAMOUR

Si je me fais pipi dessus, ça me réchauffera. Je n’ai pas vraiment hésité. Je n’ai pas opté pour l’option consistant à me déshabiller dans le froid en pleine nature.

Je me dis que mes fringues vont puer, je me réponds que je les laverai. Je n’ai pas que ça à faire je repars.

 

Il m’est très difficile de courir, je ne suis pas du tout un trailer aguerri, et je ne cours que quand je juge le terrain facile et c’est peu souvent le cas. Donc forcément je suis beaucoup plus lent qu’espéré.

Je croise un panneau qui annonce 14km. Je me dis qu’il ne me reste plus qu’un tiers. Presque la fin.

– la prochaine fois, je prends le train –

 

Je commence peu après à entamer la descente. J’ai le souvenir d’une descente où j’avais souvent couru sur le 58 l’an dernier. Là ce n’est pas la même tasse de thé, le parcours est plus technique, plus compliqué aussi avec la neige puis la pluie. Je marche plus souvent que je ne cours. C’est démoralisant.

Ma perte de moral atteint son paroxysme quand je tombe sur le panneau annonçant 15km, alors que selon ma montre j’ai déjà parcouru 3km depuis le panneau du 14e. VDM.

C’est à partir de là que je cesse totalement de penser au temps total de mon épreuve. Quoi qu’il arrive j’irai jusqu’au bout. Je ne rêve que d’une chose, c’est de pouvoir courir sur du plat.

J’arrive enfin en bas ! Je tombe sur deux-trois bénévoles. Il me disent que c’est à gauche et tout droit sur deux kilomètres.

Ma montre affiche déjà plus de 22 kilomètres contre les 21 annoncés mais qu’importe, je vais pouvoir enfin courir !

Ces 2 kilomètres en 4’50/km me paraissent passer à toute allure. J’arrive au stade, j’ai 300 mètres à faire. Marie court vers moi, prends quelques photos et court avec moi les 100 derniers mètres.

Je passe enfin la ligne d’arrivée. C’est la fin de plus de 5h30 de course à pied et de 11h d’épreuve.

Je tombe dans les bras de Marie. Je n’ai jamais ressenti un tel soulagement et une délivrance en terminant une course.

Elle me demande si ça a été.

J’ai quelques larmes qui me montent et un seul mot : l’enfer.

Le bilan ?

Je n’étais pas prêt.

Je savais que ça serait dur, les conditions météos n’ont certainement pas aidé, mais même sous un soleil radieux, ma course aurait été extrêmement difficile.

Je crois qu’il y a deux choses qui m’ont fait défaut.

Les jambes sur le vélo. Je me rends compte que j’étais bien présomptueux de vouloir enchaîner le 70.3 de Vichy et l’Evergreen Endurance 118 en deux semaines.

L’entraînement de trail. J’avais gardé un bon souvenir de la partie trail sur le 58 l’an dernier parce que j’avais pu courir en descente. Mais dès lors que le terrain est un peu plus technique je ne pouvais rien faire. De plus, si mon endurance m’a permis d’avancer, mon manque d’entraînement spécifique m’a empêché d’être efficace après avoir perdu beaucoup d’énergie sur le vélo.

Si on ajoute à ça que j’étais plutôt venu pour un triathlon estival que pour courir sous la neige, on termine bien la tableau. D’ailleurs, il y a plusieurs triathlètes auxquels on n’a pas permis de terminer la course du fait des conditions. Ceux du format 228 ont même vu leur parcours de course à pied de 42km, réduit à 10km pour des raisons de sécurité.

Jamais, je n’ai vécu une course aussi dure. Ca m’a bien remis la tête en place. J’avais un peu sous-estimé le défi que représentait ce triathlon. La prochaine fois je serai plus attentif à l’entraînement que peut demander une épreuve nouvelle sur laquelle je voudrais me lancer.

Jamais, mon mental ne m’aura autant servi. C’est la première fois de ma vie que j’ai été aussi près d’abandonner une course. Je me suis accroché à des trucs idiots pour continuer.

Je ne suis loin d’être satisfait du temps mais je suis content d’avoir réussir à terminer cette course qui m’a poussé dans mes derniers retranchements.

Au final je termine 70e de la course, 9e et bon dernier de ma catégorie, sur 75 finishers. Il y avait 101 partants et 127 inscrits initialement.

– Place au repos maintenant –