C’était comment avant ?

Quand j’ai commencé à courir, Instagram n’appartenait pas à Facebook, Strava n’existait pas et je publiais toutes mes activités running sur mes fils facebook et twitter. C’était globalement des 5km. Lorsque j’arrivais à avoir une moyenne inférieure à 6’/km j’étais assez fier de moi et ça me suffisait.

Petit à petit, j’ai accru ma pratique de la course à pied. Parallèlement, j’avais le droit à quelques bravos sur mes activités. J’ai fini par me rendre compte que ça changeait le regard qu’on pouvait me porter. Pourtant, je n’avais pas encore couru un marathon et j’étais bien loin de ma pratique actuelle.
Du coup, j’ai fini par me fixer un seuil en-deçà duquel je ne publiais plus mes activités, je me disais qu’en dessous de 10km voire 15km, personne ne likerait, ça aurait donc peu d’intérêt.

Je crois que ça a forcément eu une influence sur ma participation à mon premier marathon en 2013. Rétrospectivement, je vous l’ai déjà dit, je pense que que je n’aurais pas dû le faire, je n’étais simplement pas prêt. Mais c’est toujours plus facile à dire après.

Avec du recul, je comprends que quand on commence à exposer ses « performances », quel que soit le niveau, le regard des autres change. Lorsqu’on en prend conscience, on a l’impression que ce regard exprime aussi une attente, celle de voir mieux. Du coup, on essaye de faire en sorte d’arriver à montrer mieux.

Et ça c’est un constat d’une époque où personne n’avait un inventé un réseau social facilitant l’épluchage des performances et où la majorité des gens que je connaissais trouvait presque incroyable que je me lève un matin par semaine pour courir 10km.

– attends, je check insta –

Rattrapé par la communauté

Maintenant, avec le running communautaire, instagram, strava, les choses ont beaucoup évolué.

Il y a évidemment un côté hyper positif. L’échange et la solidarité entre coureurs ou au sein d’un groupe ou d’une communauté permettent de progresser. Je suis à peu près sûr que je n’aurais pas atteint mon niveau actuel sans ça.

Mais il y a aussi une certaine perversion de vouloir montrer aux autres qu’on peut faire mieux, qu’eux notamment, qu’on est capable d’exploit. Surtout quand on a toutes les données possibles et imaginables pour pouvoir comparer ses perfs. On bascule vite dans le concours de kékétte non dit (parce qu’en général personne ne dit rien évidemment, on se dit juste « je vais battre untel« ), dans la surenchère et parfois à son détriment.

J’insiste sur le fait que je ne m’émets pas de jugement de valeur sur le fait de vouloir progresser et s’entraîner uniquement pour montrer au monde qu’on peut le faire ou qu’on est meilleur que soi et les autres. Je constate simplement que c’est un élément perturbant qui déforme la manière dont chacun voit et projette sa pratique sportive.

En effet la plupart d’entre vous compare ses performances à celles de ses camarades d’entraînement. Ce qui donne souvent l’impression d’être banal, ou pire, mauvais. Il est facile d’oublier que la majorité des gens n’ont pas une activité physique régulière, voire sont incapables de marcher pour aller jusqu’au métro le plus proche et achètent une mono-roue pour ce faire.

– une véritable abomination ce truc –

 

On se recentre !

Se lancer des défis c’est top, ça permet d’avancer, de progresser et de se découvrir.

Mais il ne faut pas se lancer pour les mauvaises raisons. Il peut arriver que qu’on se préoccupe plus qu’on ne le pense du regard des autres et des attentes qu’on croit qu’il implique. On peut aussi se convaincre de devoir faire des performances similaires à ceux dont on pense qu’ils ont le même niveau que soit.  
Je vous dis ça de manière plutôt sereine puisque moi aussi je suis arrivé au point où je regardais les temps sur strava de mecs dont j’estimais avoir un niveau similaire. Je me disais qu’il fallait que je fasse telle séance, ou les footing à telle allure. J’ai fini par me rendre compte que c’est évidemment ridicule. Mon but c’est de battre mes records perso, de me dépasser, pas de faire mieux qu’untel ou untel.

Choisir un défi pour se valoriser, pour s’améliorer, pour se dépasser c’est génial. Choisir un défi pour se valoriser auprès des autres pour qu’ils lâchent un like ou s’y comparer, ça n’a que peu d’intérêt au bout du compte.

Surtout si c’est pour finir avec un TFL, une périostite ou les genoux qui grincent.

Il est important de prendre en compte que progresser demande du temps et que chacun a son rythme. Il ne faut pas griller les étapes pour suivre les copains. Ils resteront tes copains tant que t’es là pour une bière ou un Perrier après la séance.

Se lancer sur un marathon parce que tous tes potes en ont fait un, ça peut sembler chouette, mais ça peut mener à une déconvenue. Demande toi de quoi tu as besoin pour faire un marathon. 

Faire des courses pour ne pas louper the place to be ou seulement se la péter sur insta, ça risque de devenir lassant et on y perd goût.  Alors, oui, ta photo médaille fera du like, mais tes jambes pourraient tirer la gueule.

– courir pour les potes c’est chouette aussi, ça ne doit simplement pas devenir le vecteur principal de choix –

Du coup, tu cours pour qui ? pour toi ou les autres ?

Avant de me lancer un défi, je me pose plusieurs questions :

Est-ce qu’à ce jour, je me sens capable d’atteindre mon objectif dans de bonnes conditions ? C’est-à-dire sans me blesser ni me dégoûter. Genre pas mon premier marathon.

Qu’est ce que je dois faire pour atteindre mon objectif ? Par exemple, tu sais que si tu ne sais pas nager, le triathlon ce n’est pas pour tout de suite.

Est-ce que je vais avoir le temps de m’entraîner ? 5 séances/ semaine faut les caser maggle.

Est-ce que je vais avoir la capacité de m’entraîner ? On ne vous l’a pas dit, mais le plus dur c’est l’entraînement. Attaquer un objectif qui demande un entraînement supérieur à ses capacités, c’est une jolie route vers une blessure.

Est-ce que l’objectif correspond à mon niveau ? Ce n’est pas parce que bidule court depuis autant de temps que moi que je dois faire les mêmes temps que lui.

Qu’est-ce je recherche dans ce défi ? Perso j’aime aller chercher des chronos, sentir que je m’améliore. Mais on peut aussi simplement envie de découvrir une discipline, un état d’esprit, etc.

– ma tête quand j’ai compris que deux triathlons format L en deux semaines, c’est trop –